La LBU 2027 annoncée stable, le BTP toujours suspendu aux arbitrages

Interrogée le 13 octobre à l’Assemblée nationale, la ministre des Outre-mer Naïma Moutchou a assuré que la ligne budgétaire unique (LBU), principal financement du logement social ultramarin, serait reconduite à 234 millions d’euros en 2027. Une annonce rassurante sur le papier. Mais à La Réunion, où les crédits locaux se sont effondrés en 2026 et où le logement social alimente plus de la moitié de la commande publique du BTP, maîtres d’ouvrage, architectes et entreprises attendent désormais des montants concrets.

Une enveloppe nationale stable, mais un périmètre qui bouge

Répondant au député guyanais Jean-Victor Castor, la ministre a écarté toute baisse de la LBU dans le projet de budget 2027 : l’enveloppe resterait à 234 millions d’euros, au même niveau qu’en 2026.

La comparaison appelle toutefois une précaution. Les crédits destinés à Mayotte sortent de la LBU pour rejoindre un programme budgétaire propre au territoire, sans que le montant transféré ait été précisé. À périmètre constant, l’enveloppe disponible pour les autres territoires, dont La Réunion, reste donc à confirmer.

La ministre a aussi annoncé le maintien des dispositifs de défiscalisation et de crédits d’impôt pour le logement ultramarin, évalués à 350 millions d’euros, et évoqué des moyens supplémentaires d’ici la clôture de l’exercice 2026, sans montant ni calendrier.

À La Réunion, une année 2026 sous perfusion

Le maintien annoncé pour 2027 intervient après une année particulièrement difficile pour l’île. Au printemps, l’ARMOS-oi, qui fédère les sept bailleurs sociaux réunionnais (SIDR, SHLMR, Semader, Sodegis, Sodiac, Semac, Sedré), alertait sur une LBU locale ramenée à 27 millions d’euros pour 2026 (annoncé), contre 78,5 millions en 2025 et 85,65 millions en 2024.

Les bailleurs avaient pourtant présenté 55 opérations prêtes à démarrer, soit 1 832 logements neufs, ainsi que 12 opérations de réhabilitation portant sur 1 162 logements. Lors du forum de l’ARMOS-oi au Moca, les intervenants estimaient que l’enveloppe ne permettrait de lancer qu’environ 300 logements sur toute l’île. La SHLMR indiquait, de son côté, qu’aucune des 900 réhabilitations lourdes programmées cette année n’avait obtenu de financement de l’État.

Un enjeu direct pour les entreprises du BTP

Le sujet dépasse largement le seul champ social. Selon l’ARMOS-oi, les mises en chantier de logements sociaux représentaient en 2024 54 % de la commande publique du BTP réunionnais. Chaque opération reportée se traduit donc par des marchés décalés pour les entreprises de gros œuvre, de second œuvre et d’ingénierie, ainsi que pour les maîtres d’œuvre.

La demande, elle, ne faiblit pas : l’île compte environ 53 000 demandes de logement social en attente. Les bailleurs redoutent qu’une contraction durable des crédits entraîne une chute des mises en chantier à partir de 2027, des délais d’attente allongés et une aggravation de la suroccupation.

Une reprise encore fragile

Ce débat budgétaire tombe alors que le secteur sortait à peine de deux années de repli. D’après la synthèse annuelle de l’IEDOM publiée en avril 2026, le chiffre d’affaires de la construction a progressé de 4,2 % en 2025, et les mises en chantier de logements individuels sont remontées de 2 600 à 2 900 unités. Les défaillances d’entreprises du secteur ont reculé de 10,5 %, tout en restant environ 50 % au-dessus de leur niveau d’avant 2020.

Le compte n’y est pas pour autant. Les besoins sont estimés à quelque 6 000 logements par an, soit près du double du rythme actuel. La fin des dispositifs Pinel et Girardin pèse sur l’investissement dans le neuf, et la commande publique a reculé en 2025, entre achèvement de grands projets et nouveaux chantiers routiers pas encore engagés. Le cyclone Garance, en février 2025, et l’épidémie de chikungunya ont également freiné l’activité.

Ce qu’il faut surveiller d’ici la fin de l’année

Présenté le 1er octobre, le projet de loi de finances 2027 doit encore être examiné et amendé par le Parlement : ses dispositions logement peuvent évoluer. Pour la filière réunionnaise, quatre points seront décisifs :

  • La part réunionnaise de la LBU 2027, une fois Mayotte sortie du périmètre : c’est elle qui conditionnera le volume d’opérations lancées.
  • Les crédits de fin de gestion 2026 évoqués par la ministre, qui pourraient débloquer une partie des opérations en attente.
  • Les mesures nationales du PLF 2027 : reconduction du soutien de 500 millions d’euros aux bailleurs sociaux, prolongation et élargissement du PTZ, exonération de taxe foncière des logements sociaux prolongée jusqu’en 2030.
  • Le financement des réhabilitations lourdes, aujourd’hui à l’arrêt, qui représentent un gisement de chantiers important pour les entreprises de second œuvre.

Pour les maîtres d’ouvrage comme pour les entreprises, la visibilité sur 2027 se jouera donc dans les prochaines semaines, au fil des arbitrages parlementaires.

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